22 : 00
Je sors dehors et je m’enfonce dans la nuit, dans l’objectif de prendre quelques photos pour vous faire kiffer, chers lecteurs de Flagadalo.
Je vais vous dire un truc : quand on marche dans le noir, ici à Umea, par -10°C, emmitouflés dans plusieurs couches d’écharpes et de bonnets, avec une petite chansonnette dans le baladeur MP3, on se retrouve rapidement…seul, face à soi-même.
C’est alors qu’on perd rapidement le contrôle de cette petite voie intérieure qu’on a dans la tête : « Hum… il faudra que j’en parle un jour à quelqu’un…ça ne peut plus durer comme ça…je n’en peut plus de garder ce secret…il faudrait que je leur dise…il faudrait que je leur racontes….et même si c’est douloureux…je dois leur dire…ce qui s’est passé ce jour-là…dans les vestiaires….à Umea…je me sentirais mieux une fois que je leur aurait dit…je dois en parler à quelqu’un...
Que s’est-il passer ce jour là ?

Avant tout, il faut planter le décor.
Les suédois sont tous à fait à l’aise avec leur corps. Ils ont une définition très souple du concept de « nudité ». Ce qui c’est passé ce jour là, c’est « l’épisode du vestiaire ».
L’épisode du « premier » vestiaire ? Oui, c’est un souvenir qui, pour tout nouvel arrivant, peut aisément se transformer en un grave traumatisme… Pourquoi ? Que se passes-t-il dans ces fameux vestiaires ?
Figurez-vous ceci : Dans le gigantesque centre sportif IKSU que nous avons la chance d’avoir ici à Umea : les vestiaires sont une sorte de grand complexe d’une quinzaine de pièces avec des salles pour les cassiers, des salles pour les douches, plusieurs saunas, hammams, etc…toutes ces pièces reliées entre elles par des portes, des couloirs, etc.…Il y en a un pour les hommes et un autre pour les femmes.

C’est ici que les choses se corsent : à partir du moment où tu pose le pied dans les vestiaires…tout le monde est à poil !- Et alors ? Me dites-vous.
Et alors ??? Et alors : la première fois que tu vois ça, tu PANIQUES ! Y a aucune raison de paniquer, c’est sûr, mais tu paniques : c’est génétique. Tu n’y peux rien. Pourquoi ?
Parce ce que dans la partie primitive de ton cerveau il est inscrit : « des dizaines de cèpes dans un rayon de moins de 5 m = DANGER ! »
Pour ce premier mouvement de recul « animal », il est possible de se résonner : « Ok, mon gars, relax, il va rien t’arriver, tu n’est pas une pute de prison, tout va bien se passer. »

Mais ce n’est pas tout : les vestiaires sont un lieu très social !
C'est-à-dire que les gens s’exclament, discutent, s’amusent, rigolent, se serrent la main, se donnent l’accolade, …tout ça, le zboube à l’air évidemment.
La vision commence déjà à s’assombrir : tous ces hommes, nus, qui se touchent. Pas d’une manière sexuelle bien sûr, mais tout de même, ils se touchent, nus.

Pensez-vous que l’on a atteint le sommet du vice. Point du tout, non ! Il y a pire :
Environ une fois par heure, il y a cette petite étudiante à temps partiel, 20-22 ans, blondinette, toute jolie, qui fait irruption dans le vestiaire, et qui se faufile comme si de rien était, entre tous ces males nus, avec sa raclette et son seau, et qui passe 5 minutes à nettoyer le sol des douches.
Et pendant ce temps là, la vie de nos joyeux vestiaires ne change pas d’un poil, c’est comme si une mouche passait dans les airs, et notre petite « technicienne de surface » repart comme elle est venue, sans l’ombre d’une gêne.

Au final :
Des trucs comme ça, croyez-moi, ça vous bousille le cerveau.
Votre définition du « réel » et du « possible » vacille. Cela fait parti de ces choses là, où une fois que vous les avez vus, vous avec le sentiment de n’être plus tout à fait le même. Et bien qu’on vous ait mis en garde contre le « choc culturel », et qu’on vous ait rabaché que « tout est relatif », vous êtes forcés de vous dire : Oui, mais quand même… Aux chiottes Einstein.